Le samedi 17 janvier 2026, la place d'armes de la Garde Républicaine, au Palais de la Marina, s’est figée dans un silence de recueillement. Dans une atmosphère chargée d'émotion, le Bénin a rendu un hommage national et solennel au Quartier-maître de 1ère classe Jean-Baptiste DOTOU, tombé au champ d’honneur le dimanche 7 décembre 2025, lors de la tentative de coup d’État. Une entreprise lâche qui, loin d'ébranler les fondements de la République, a exalté les élans patriotiques et l'esprit de corps.
Le dernier voyage d’un serviteur fidèle
C'est portée d’un pas altier par ses frères d’armes que la dépouille du soldat Jean-Baptiste DOTOU, drapée du drapeau national, a fait son entrée sur la place d'armes qu'il connaissait si bien. Autorités gouvernementales, hiérarchie militaire, famille et amis : les visages de marbre donnaient la mesure de la gravité de ce moment solennel.
Jean-Baptiste DOTOU n'avait que 34 ans. Né en 1991 à Houéyogbé, ce fils du Mono avait choisi de lier son destin à celui de la patrie le 1er mars 2013. Après ses classes au Centre de Formation Militaire de Bembèrèkè (CFMB), il sert d'abord dans les Forces Navales avant de rejoindre la Garde Républicaine en novembre 2013. Durant 13 années de service exemplaire, il a gravi les échelons jusqu'à devenir Quartier-maître de 1ère classe en 2023. Un parcours de rigueur, sanctionné par ses diplômes techniques en option Marine, qui témoignait d'une vocation chevillée au corps.
« L’ami ennemi » : L’amertume du Général TÉVOÈDJRÈ
Le moment le plus poignant de la cérémonie fut sans conteste l'oraison funèbre prononcée par le Général Dieudonné TÉVOÈDJRÈ, Commandant de la Garde Républicaine. La voix fébrile, l'Officier supérieur n'a pas caché son « cœur meurtri et dévasté ». « En 31 ans de service, c'est la première fois qu'un soldat servant sous mes ordres tombe à quelques mètres de moi, sous le feu de l'ennemi. » Le Général a pointé du doigt la tragédie insupportable de ce 7 décembre : l'identité des agresseurs. « Jean-Baptiste, la difficulté n'est pas que tu sois tombé les armes à la main, mais que l'ennemi en face n'était en fait qu'un ami, des collègues de même promotion, des frères d'armes. » Avec une amertume palpable, il a fustigé cette trahison du serment, s'interrogeant sur la propagande ayant pu pousser des soldats à retourner contre la République les armes achetées pour la défendre.
Le récit d'une fin héroïque
Le récit des derniers instants du soldat DOTOU force le respect. Ce dimanche matin, alors que l’attaque éclate au domicile du Chef de l’État, le soldat ne recule pas. Adjoint au Chef de poste, il parcourt les rangs pour encourager ses hommes, rappelant les postures de combat. C’est en revenant de sa ronde qu’il se retrouve nez à nez avec les subversifs. Il n'a pas cédé à l'intimidation. « Je te revois encore, t’abaissant à mes pieds comme pour te protéger, mais c'était trop tard », a confié le Général avec une émotion brute. Atteint mortellement à la tête, Jean-Baptiste DOTOU s’est éteint en service commandé, fidèle jusqu’au bout au serment qu’il avait prêté.
Un héritage pour la République
Présent à la cérémonie, le Président de la République, Chef Suprême des Armées, s’est incliné devant la dépouille, marquant ainsi la reconnaissance de toute une nation. Il n'a pas manqué de réconforter la veuve et la famille du soldat. Si Jean-Baptiste laisse derrière lui deux orphelins, le Général TÉVOÈDJRÈ a tenu à rassurer ses proches : « Votre fils est la raison pour laquelle notre drapeau flotte encore fièrement. Son sacrifice est le socle de notre liberté ».
Le Quartier-maître Jean-Baptiste DOTOU ne parlera plus, mais son nom est désormais gravé au panthéon des héros béninois.

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