Les anciens présidents

M. Christophe SOGLO 28/10/1963 - 25/01/1964

 

Christophe Soglo (1909 — 1983) était un militaire béninois qui est devenu une personnalité politique majeure de son pays dans les années 1960.

Après l'indépendance de la République du Dahomey (actuel Bénin) en 1960, Soglo devint colonel dans l'armée puis ministre du président Hubert Maga. En octobre 1963, Soglo renversa le gouvernement et établit un gouvernement provisoire avec lui-même à sa tête. Puis il abandonna le pouvoir en janvier suivant et permit à l'ancien premier ministre Sourou Migan Apithy de devenir président. Mais Soglo estima bientôt que la politique menée par Apithy était condamnable, et il renversa de nouveau le gouvernement en novembre 1965 pour rester président du Bénin jusqu'en 1967, quand un jeune groupe d'officiers le renversa à son tour. Soglo se retira alors de la politique.

M. Hubert Maga 01/08/1960 - 27/10/1963


Hubert Maga (né le 10 août 1916 à Parakou et mort le 8 mai 2000 à Cotonou) est un homme politique béninois, président de 1960 à 1963 et de 1970 à 1972 de la République du Dahomey (premier nom du Bénin indépendant).

Né le 10 août 1916 à Parakou, Hubert Maga a vraisemblablement fréquenté l’école coranique de la ville avant d’y faire ses études primaires qu’il poursuit à partir de 1926 à Bohicon, où il a pour enseignant Émile Bodé Zinsou, et à Abomey, où il obtient le Certificat d’étude primaire. Il intègre alors l’École primaire supérieure de Porto-Novo avant d’entrer à l'École normale William Ponty en 1933. Les quatre années d’école normale lui permettent de rencontrer à Porto-Novo, où a lieu la première année d’enseignement, le Nigérien Hamani Diori et, à Gorée au cours des trois années suivantes, le Soudanais Modibo Keïta avec lequel il se lie. Ces années sénégalaises sont aussi l’occasion d’une conversion au catholicisme, peut-être liée à sa rencontre avec sa future femme, une Dahoméenne issue d’une importante famille de « Brésiliens » de la côte. Major de la promotion dahoméenne à sa sortie de Ponty, Hubert Maga est le troisième instituteur dahoméen originaire du Nord. Il est d’abord nommé à Bembèrèkè (à une centaine de kilomètres au nord de Parakou), puis à l’école primaire de Natitingou qu’il dirige à partir de 1945.

Ce parcours scolaire et professionnel est remarquable, mais il ne suffit pas à Hubert Maga pour se faire remarquer sur la jeune scène politique dahoméenne. L’éloignement géographique, son jeune âge et des liens insuffisants, voir inexistants, avec les principaux animateurs des Comités électoraux – tant dans l’Église catholique que chez les « anciens » des sociétés de presses de l’entre-deux guerre – expliquent qu’il n’a sans doute pas été membre des Comités électoraux.

L'entrée dans la vie politique

Toutefois, lors des élections locales de 1946-1947, Hubert Maga se présente au deuxième collège sur la liste de l’UPD, non dans la circonscription de Parakou mais dans la sixième circonscription réunissant les cercles de Kandi et de Natitingou. Les documents font défauts quant à son adhésion à l’UPD et au mode d’élaboration des listes électorales, mais il est vraisemblable que l’UPD ait été confronté à une carence de candidats offrant un niveau scolaire minimum dans deux cercles où les infrastructures scolaires étaient insuffisantes. Cela explique l’élection de Hubert Maga à Natitingou et, plus étonnant encore, celle du porto-novien Michel Ahouanmenou sur la même liste. L’implantation réussie de Hubert Maga à Natitingou – et qui se vérifiera aux élections locales de 1952 et de 1957 – doit sans aucun doute à la reconnaissance de son action scolaire dans cette région, mais elle éclaire de fait une constante critique de ses origines filiales qui lui interdit tout espoir de candidature à Parakou, dont il est pourtant originaire.

En février 1947, il est élu secrétaire de la Commission budgétaire du premier Bureau du Conseil général, avant d’être élu au Grand conseil de l’AOF le 3 novembre 1947, en quatrième place sur la liste de l’UPD conduite par Sourou Migan Apithy. De nouveau, rien ne nous permet de déterminer le mode de constitution de cette liste. Mais seul représentant du Nord élu au Grand conseil, il est vraisemblable que certains membres de l’UPD (Apithy ?) aient pris conscience de l’utilité d’une fidélisation des électeurs originaires du nord du Territoire. De fait, Hubert Maga accède à des responsabilités politiques qui en font l’une des personnalités politiques clés, même s’il n’apparaît pas alors comme l’un des animateurs de la scène politique dahoméenne ; il est ainsi pratiquement absent des débats sur les relations entre l’UPD et le RDA. Cette absence d’engagement lui est d’ailleurs alors reprochée comme en témoigne un rapport du gouverneur Jacques Boissier :

« À Natitingou, Maga Coutoucou, grand conseiller et conseiller général, de l’Union Progressiste Dahoméenne, semble reprendre avantage sur la section du Bloc Populaire Africain (BPA) de la région. Mais il ne paraît pas renoncer pour cela à son idée de constituer à l’instar de ce qui est fait en Guinée, un parti régional « Indépendant du Nord » ne serait-ce que pour ne plus se voir reprocher son obédience passive à l’UPD et pour mieux défendre les intérêts des populations du Nord qu’il représente. Ces intentions expliquent pourquoi, au Conseil Général, le président Apithy a tant insisté pour qu’on ne néglige pas le Nord, notamment en ce qui concerne les crédits et le programme de travaux. »

La possibilité de voir apparaître un parti politique spécifique au Nord apparaît ici pour la première fois dans un document produit par l’Administration. Car malgré ses deux mandats, Hubert Maga ne semble pas peser de manière prépondérante au sein de l’UPD. Ainsi, le rapport mensuel de novembre 1948, qui établit un récapitulatif des forces politiques en présence au Dahomey, ne le cite pas parmi les quinze principaux leaders du doyen des partis dahoméens. Et les assurances de Sourou Migan Apithy et du président de l’UPD Augustin Azango que le Nord ne sera pas oublié, ne convainquent pas Hubert Maga qui, rejoint par le conseiller Tahirou Congacou (directeur de l’École régional de Djougou) et Mama Chabi (petit-fils de la chéfesse des Peuls de Parakou), envisage de plus en plus la création d’un parti spécifiquement nordiste.

Un parti pan-nordiste : le Groupement ethnique du Nord

Il faut cependant attendre les élections législatives du 17 juin 1951 pour que la rupture soit effective. L’obtention d’un second siège au Palais-Bourbon pour la circonscription du Dahomey est alors considérée, par Hubert Maga et ses partisans, comme l’occasion donnée à l’UPD de démontrer son attachement aux intérêts du Nord par la désignation de Maga sur la liste du parti. Le refus des instances dirigeantes de l’UPD, qui choisissent Émile Zinsou et Sourou Migan Apithy, provoque le départ de Hubert Maga et de nombreux militants originaires du Nord. Cette scission apparaît comme inéluctable pour Hubert Maga qui, dans le cas contraire aurait pris le risque de voir fortement contesté son autorité sur les autres élus du Nord. Mais le pari considérant qu’un scrutin législatif se joue d’avantage sur la personnalité des candidats que sur le parrainage d’un parti politique est des plus risqué. Et même si dans les mois qui suivent, le départ de Sourou Migan Apithy de l’UPD résulte d’une analyse similaire, le député du Dahomey a pour lui une popularité sans nulle égale parmi le personnel politique dahoméen.

La réussite de la liste conduite par Hubert Maga, avec pour colistier le médecin africain René Deroux, n’a pu être possible que par le recueil d’une très large majorité des voix dans le Nord et par de fortes divisions politiques dans le Sud. En effet, au vu de la chance que constituait cette élection, l’union de l’ensemble du personnel politique du Nord s’est réalisée sans difficulté autour d’Hubert Maga et au sein d’une nouvelle formation au nom des plus évocateur : le Groupement ethnique du Nord (GEN). Mais, la liste Maga/Deroux a aussi bénéficié de la multiplication de listes électorales aux réserves potentielles de voix identiques. Ainsi, la liste du GEN arrive en deuxième position après la liste Apithy/Dunglas, mais devance très largement les listes Zinsou/Kakpo (UPD), Quenum/Kounde (GID), Poisson/Akplogan (BPA) et d’Assomption/Stifkens. En devenant député de la circonscription du Dahomey aux côtés de Sourou Migan Apity – qui lui conseille de s’inscrire au groupe des IOM au Palais-Bourbon. Hubert Maga accède à la plus prestigieuse fonction élective auquel peut prétendre un Dahoméen et devient l’une des personnalités incontournables de la scène politique dahoméenne.

Cela se traduit par une solide implantation du GEN dans le Nord qui se vérifie lors des élections locales du 30 mars 1952. En remportant neuf sièges, la formation nordiste devient le deuxième force politique de l’Assemblée territoriale et une alliance passée avec le PRD permet à Hubert Maga d’obtenir l’un des sièges de vice-présidents. Le 30 avril, les deux députés du Dahomey retrouvent aussi leurs sièges de Grands conseillers, mais le non-respect des consignes de votes, tant au sein du GEN que du PRD, entraîne l’élection au Grand conseil d’un conseiller BPA (Ahomadegbe) et de deux conseillers européens sans étiquettes (Chaux et Bertho). Ce cafouillage tient peut-être aussi aux consignes de neutralité données par Hubert Maga qui entend ne pas limiter au seul Nord l’influence de son parti et donc de ne favoriser aucune autre formation, y compris le PRD.

Dans cette optique, la première décision qui est prise lors du premier congrès du GEN des 10, 11 et 12 janvier 1953 est la modification de sa dénomination pour celle plus large de Mouvement démocratique dahoméen (MDD). L’affirmation d’une telle ambition aux objectifs improbables, n’a que peu de répercussion, y compris au sein du PRD, principale formation visée. D’autant que sous une apparente unité de façade, certains contentieux apparaissent au sein du MDD comme le choix de la ville devant accueillir le siège, Djougou ayant été préféré à Parakou, la ville la plus importante du Nord, mais aussi la plus prompte à remettre en cause l’autorité de Hubert Maga. Quoi qu’il en soit, l’alliance entre le PRD et le MDD fait de nouveau la preuve de son efficacité lors des élections pour l’Assemblée de l’Union française de novembre 1953 qui consacrent la victoire de leurs deux candidats. En effet, désireux de barrer la route à une liste menée par Émile Derlin Zinsou, Sourou Migan Apithy avait proposé au MDD de présenter une liste commune réunissant un candidat du Sud désigné par le PRD – en l’occurrence Paul Hazoumé – et un candidat du Nord désigné par le MDD – René Deroux après le refus de Tahirou Congacou d’une alliance contre Emile Derlin Zinsou.

Malgré le succès de la liste Hazoumé/Deroux, les relations entre Sourou Migan Apithy et Hubert Maga se détériorent rapidement ; ce dernier désirant s’affranchir d’un parrainage qu’il trouve encombrant, notamment au Palais-Bourbon, et qui est critiqué dans les rangs du MDD. Les limites de l’alliance tacite entre le PRD et le MDD sont atteintes lors des élections du 19 juin 1955 au Conseil de la République. Contraint par ses engagements d’apporter son soutien à Maximilien Quenum, candidat du PRD à la deuxième section des non-citoyens, le MDD est dans l’incapacité de présenter un candidat à la première section faute d’y avoir un élu. Prisonnier de son implantation territoriale, le MDD l’est aussi de son absence à la section des citoyens et perd ainsi l’occasion de remporter un siège au Palais du Luxembourg. D’autant que le choix de Maximilien Quenum provoque le mécontentement d’une partie des élus du MDD qui auraient préféré, dans une certaine mesure, Fassassi Adamon dont l’importance dans la communauté musulmane dahoméenne a déjà été mentionnée. Hubert Maga a d’ailleurs lors du scrutin, le plus grand mal à faire respecter les consignes de vote du MDD. Contesté pour son impuissance lors d’un scrutin dont il aurait pu être l’arbitre, la légitimité de Maga au sein du MDD est mise en doute ; ses détracteurs rappelant ses « origines paternelles étrangères » .

Toutefois, Hubert Maga reste incontournable au sein d’un mouvement dans lequel il bénéficie d’une certaine aura due notamment à son mandat de député. C’est donc en toute logique qu’il se représente lors des élections législatives de janvier 1956. Mais soucieux de marquer la rupture entre le MDD et le PRD, il choisit comme colistier Faustin Gbaguidi, membre de l’ancienne famille régnante de Savalou, synonyme d’une volonté d’implantation du MDD dans la partie centrale du Dahomey jusqu’alors « chasse gardée » des partis politiques originaires du Sud. Conscient que l’existence d’un MDD trop puissant en ferait l’arbitre de la scène politique dahoméenne, il semble que Sourou Migan Apithy ait favorisé la création de deux listes concurrentes à celle du MDD de façon à faire chuter Maga ; la première comprenant Antoine Toko et Djibril Maurat (liste des Indépendants des partis politiques) et la deuxième regroupant Paul Darboux et Mama Soumanou (liste de Défense des intérêts économiques). Cette clairvoyance de Sourou Migan Apithy tient aussi sans doute au fait qu’il ne devait pas ignorer que dans un même temps, Hubert Maga et Émile Derlin Zinsou multipliaient leurs rencontres afin de favoriser un rapprochement entre l’UDD et le MDD.

Une personnalité devenue incontournable

L’échec de la manœuvre d’Apithy et la relative facilité avec laquelle le dirigeant du MDD retrouve son siège au Palais-Bourbon paraissent laisser le champ libre à Hubert Maga qui, grâce aux voix de l’UDD, est élu à la présidence de l’Assemblée territoriale lors du renouvellement du Bureau le 17 avril 1956. Émile Derlin Zinsou, qui dans un premier temps convoite la présidence de l’Assemblée, cède d’autant plus facilement que l’UDD s’enfonce dans une crise interne sur la question de l’affiliation au RDA et qu’il tient à « ne pas donner lieu à des interprétations malveillantes de son geste vis-à-vis de l’UDD »

Mais les élections locales du 31 mars 1957 et la très large victoire du PRD, qui obtient seul la majorité des sièges, vident de sa substance l’alliance entre le MDD et l’UDD, d’autant que les résultats de ce dernier sont catastrophiques. Le bilan du MDD apparaît lui aussi comme très mitigé dans la mesure où le renforcement de sa présence au sein de la nouvelle assemblée résulte en grande partie des succès remportés par deux listes dissidentes du MDD : celle de Jeunesse et Progrès, qui obtient les deux sièges de la circonscription de Parakou, et celle des Indépendants des partis politiques qui remportent les quatre sièges de la circonscription de Djougou. La stratégie d’alliance avec l’UDD est un échec, ne permettant pas au MDD de jouer un rôle d’arbitre sur la scène politique dahoméenne et contraint Hubert Maga à entreprendre l’union d’une scène politique nordiste en voie d’éclatement.

La prise de conscience de certains (jeunes) élus du Nord d’avoir la capacité de peser sur la scène politique dahoméenne leur apparaît comme la preuve de leur intégration dans celle-ci. Et l’idée, selon laquelle le Nord ne pouvait s’épanouir politiquement qu’en opposition au Sud et qu’il devait donc maintenir à tout pris son unité pour ce faire, se révèle caduque. La quasi-absence d’un ciment idéologique au sein du GEN, puis du MDD, entraîne en toute logique une forte contestation dans leurs rangs et au sein de mouvements nordistes concurrents. Mais il est vraisemblable que malgré leurs succès, les deux listes dissidentes ne peuvent pas prétendre à une influence identique à celle de Hubert Maga qui reste une personnalité majeure. Des pourparlers ont lieu entre les différentes parties et le 13 avril, Maga obtient leurs ralliements au MDD contre l’engagement de réformes de principes. C’est donc tout en toute logique que Hubert Maga, chef naturel du Nord, obtient un siège de vice-président lors de l’élection du Bureau de la nouvelle assemblée le 14 mai. Cependant, fort de son succès, le PRD affirme sa domination en imposant ses élus à toutes les autres fonctions de direction, au premier rang desquelles la présidence qui revient à Sourou Migan Apithy. Davantage contrarié par l’opposition de l’UDD que par celle du MDD, celui-ci tient à ce que Justin Ahomadegbé ne soit pas reconduit dans ses fonctions au Grand conseil de l’AOF. Le MDD se voit alors proposer un remaniement du Bureau à son profit en échange de la défaite du leader de l’UDD. Le 15 mai, les consignes de votes sont scrupuleusement respectées et Justin Ahomadegbe perd son siège. Ces élections sont aussi l’occasion de sceller la réconciliation du MDD et de Jeunesse et Progrès par l’élection de Boni Salifou Pedro et de Mama Arouna sur une liste commune au symbolique nom d’« Entente Nord-Dahomey » .

Toutefois, l’hégémonie du PRD fait peur et les élus du Nord sont conscients que de leur unité dépend leur capacité à peser sur la politique dahoméenne. Un congrès est donc organisé, à Parakou au milieu du mois d’août 1957, afin de fonder un nouveau mouvement qui prend le nom de Rassemblement démocratique dahoméen (RDD) et, qui réunit le MDD, Défense des intérêts économique et Jeunesse et Progrès. Soucieux de ménager l’avenir et le seul mouvement en l’état de s’opposer au PRD dans le Sud, Justin Ahomadegbe est invité à ce congrès et il y prend la parole. En effet, l’élection du PRD Francis Covi à la présidence de l’Assemblée territoriale, en remplacement de Sourou Migan Apithy qui a démissionné afin de diriger le Conseil de gouvernement, consterne les élus nordistes estimant que, dans le cadre de l’alliance MDD/PRD, la fonction devait revenir au premier vice-président Hubert Maga.

Cet échec est vite relégué au second plan quand, le 18 novembre 1957, Hubert Maga devient Sous-secrétaire d’État auprès du Ministre du Travail et de la Sécurité sociale Paul Bacon dans le Cabinet de Félix Gaillard, scellant ainsi la participation des IOM à une majorité fragile. Soucieux de tirer les bénéfices politiques de sa nomination ministérielle, Hubert Maga entreprend une tournée au Dahomey au début du mois de décembre 1957. Mais prémices de nouvelles difficultés au sein de son mouvement, une partie des membres du RDD de Parakou, menée par Mama Arouna, refuse de l’accueillir lors de sa venue dans la ville. Toutefois, seul Dahoméen à avoir eu une responsabilité ministérielle au sein d’un gouvernement français, Hubert Maga s’impose comme le pendant naturel de Sourou Migan Apithy. Car, malgré une carrière élective moins importante que ce dernier et une influence plus réduite dans le cénacle politique franco-africain, Hubert Maga est parvenu à imposer son autorité sur trois niveaux : au niveau local, il apparaît comme le seul capable de constituer l’unité du Nord ; au niveau territorial, il comprend que le seul moyen d’accéder au pouvoir exécutif, dans le cadre d’un Dahomey autonome voire indépendant – est de devenir l’arbitre de la vie politique dahoméenne et enfin, au niveau national, Hubert Maga a imposé l’idée qu’il était l’un des dirigeants potentiels du Dahomey, à l’instar de Sourou Migan Apithy. Et contrairement à ce dernier, qui a été desservi par ses changements successifs de groupes parlementaires au Palais-Bourbon, il accède à un poste ministériel aux responsabilités symboliques, mais dont il tire un prestige qui s’avère décisif dans ces quelques années précédant l’Indépendance. Ainsi, l’absence de formation majoritaire, à la suite des élections à la première Assemblée nationale dahoméenne (2 et 23 avril 1959), entraîne la démission de Sourou Migan Apithy, de sa fonction de président du Conseil de gouvernement, et son remplacement par Hubert Maga. Celui-ci bénéficie du soutien déterminant de l’UDD-RDA, qui se retrouve contraint de favoriser le RDD par opposition au PRD, et tire une nouvelle fois les bénéfices de sa stratégie d’arbitre de la scène politique dahoméenne. D’autant qu’en vue des élections présidentielles, le PRD et le Parti progressiste dahoméen (PPD, fondé en mars 1958 par Émile Derlin Zinsou) fusionnent afin de donner naissance au Parti des nationalistes du Dahomey (PND). L’UDD-RDA s’allie donc avec le RDD afin de faire élire, le 26 juillet 1960, Hubert Maga à la présidence de la République du Dahomey dont l’Indépendance est proclamée le 1er août.

 

 

M. Sourou MIGAN APITHY 25/01/1964 - 01/12/1965

Sourou Migan Apithy est un homme politique béninois, né le 8 avril 1913 à Porto-Novo et décédé le 3 décembre 19891 à Paris. Après avoir dirigé le gouvernement autonome du Dahomey (Afrique-Occidentale française) du 25 mai 1957 au 22 mai 1959, il fut le 2eprésident de la République du Dahomey du 25 janvier 1964 au 27 novembre 1965.

Biographie

C'est à la Conférence de Brazzaville (janvier 1944) que l'expert-comptable Joseph Apithy2 se fait remarquer pour la première fois grâce au rapport qu'il transmet aux participants. Diplômé de l'École libre des Sciences politiques et surtout protégé du père Aupiais, missionnaire très populaire au Dahomey. Il remplace au pied levé son mentor, lors de sa maladie puis sa mort, à l'Assemblée constituante d'octobre 1945 dans son mandat de député du Togo-Dahomey.

Apithy est, ensuite, sans interruption, élu à l'Assemblée nationale française (1946-1959) tout en étant maire de Porto-Novo sa ville natale et présent dans les instances territoriale du Dahomey et de l'AOF. Il sera, toute cette décennie, avec Senghor, mais sans grand succès, le défenseur acharné d'une confédération africaine multinationale (contre Houphouët-Boigny). C'est dans un climat de floraison partisane (spécialité dahoméenne puis béninoise avec les constitutions, 34 partis en 1991) que la République se met en place en décembre 1958. Apithy, fondateur, en 1951, du Parti républicain du Dahomey (PRD) en dirige le gouvernement provisoire. Écarté dès avril 1959, il est remplacé par Hubert Maga qui conduit le pays à l'indépendance (août 1960).

La nouvelle Constitution (novembre 1960) est de type présidentiel, prémices évident de l'instauration proche d'un régime de parti unique (Parti dahoméen de l'unité, PDU, section du RDA depuis mars 1961) mais, dès octobre 1963, un premier coup d'État militaire stoppe cette évolution. Apithy participe alors au gouvernement provisoire mis en place par le colonel Soglo (avec Maga, vite écarté, et le dentiste Justin Ahomadegbé, descendant des rois d'Abomey). La Constitution de janvier 1964 est une structure bicéphale qui fonctionne mal (le président Apithy et le Premier ministre Ahomadegbé s'opposent, alors qu'ils sont membres tous deux du nouveau Parti démocratique dahoméen, le PDD).

Tentant de réduire l'instabilité politique chronique du pays (les partis, une véritable constellation, recouvrent des stratifications tribales et régionales), l'armée prend le pouvoir successivement en 1964, 1965 et 1967 (général Soglo, commandant Maurice Kouandété puis lieutenant-Colonel Alphonse Alley), ce qui contraint Apithy à s'exiler en France. La nouvelle Constitution adoptée en mars 1968 est le prélude à l'interdiction de candidature des anciens présidents (Apithy, Maga et Ahomadegbe) mais, non sans contradictions, après un court intermède (gouvernement d'Émile Zinsou), un triumvirat militaire met en place en juin 1970 un conseil présidentiel où les 3 ennemis se retrouvent. Ce "triangle tournant" prévoit de donner le pouvoir à tour de rôle aux anciens présidents.

Avant qu'il puisse retrouver le pouvoir - son tour est prévu de 1974 à 1976 - en octobre 1972, le putsch du commandant Mathieu Kérékou met fin à cette expérience contradictoire et à la carrière politique d'Apithy. Alors en déplacement en France, ce dernier ose retourner à Cotonou, ce qui lui vaut d'être immédiatement incarcéré. Libéré en 1981 — le Dahomey est devenu en 1975 la République populaire du Bénin — l'ancien président part en France où il rédige ses mémoires. Affaibli par la maladie, il décède à Paris le 12 novembre 1989. Son pays natal décrète alors quatre jours de deuil national.

M. Taïrou CONGACOU 01/12/1965 - 24/12/1965

Tahirou Congacou (1913–1994) est une personnalité politique béninoise, principalement active dans les années 60. Il fut président de l'Assemblée nationale de 1964 à 1965, puis ministre des affaires étrangères et fut enfin président de la République du Dahomey du 29 novembre 1965 au 22 décembre 1965.

M. Christophe SOGLO 24/12/1965 - 18/12/1967

Christophe Soglo (1909 — 1983) était un militaire béninois qui est devenu une personnalité politique majeure de son pays dans les années 1960.

Après l'indépendance de la République du Dahomey (actuel Bénin) en 1960, Soglo devint colonel dans l'armée puis ministre du président Hubert Maga. En octobre 1963, Soglo renversa le gouvernement et établit un gouvernement provisoire avec lui-même à sa tête. Puis il abandonna le pouvoir en janvier suivant et permit à l'ancien premier ministre Sourou Migan Apithy de devenir président. Mais Soglo estima bientôt que la politique menée par Apithy était condamnable, et il renversa de nouveau le gouvernement en novembre 1965 pour rester président du Bénin jusqu'en 1967, quand un jeune groupe d'officiers le renversa à son tour. Soglo se retira alors de la politique.

M. Maurice KOUANDETE 18/12/1967 - 21/12/1967

Maurice Kouandété (né à Natitingou le 22 septembre 1932 et mort à Natitingou le 7 avril 2003) était une personnalité politique du Bénin. Militaire, le commandant Kouandété fait partie des officiers qui portent (de manière éphémère) le lieutenant-colonel Alphonse Alley à la présidence de la République du Dahomey par un coup d'État.

Le 17 juillet 1968, le docteur Émile-Derlin Zinsou devient chef de l’État, mais il est renversé par Kouandété le 10 décembre 1969. Paul-Émile de Souza succède à Zinsou.

Kouandété est considéré comme chef de l'État les 20 et 21 décembre 1967 et du 10 décembre au 13 décembre 1969.

Col. Alphonse ALLEY 21/12/1967 - 17/07/1968

Le colonel Mamah Amadou Alphonse Alley (né le 9 avril 1930 à Bassila (nord-Bénin) et décédé à Cotonou le 28 mars 1987) était un officier de l'armée et une personnalité politique béninoise. Il fut président du 21 décembre 1967 au 17 juillet 1968.

Il est enterré à Bassila dans son propre mausolée. Il est un citoyen respecté ; une cérémonie était fait en avril 2012 pour marquer le 25e anniversaire de son décès.

M. Emile Derlin ZINSOU 17/07/1968 - 12/12/1969

Émile Derlin Henri Zinsou (23 mars 1918 à Ouidah) est une personnalité politique du Bénin. Il fut le président de la République du Dahomey de 1968 à 1969.

Ancien étudiant en médecine, il entre en politique dès l'indépendance de la République du Dahomey.

Le régime militaire qui a pris le pouvoir en 1967 le propulse à la présidence le 17 juillet 1968, jusqu'à un putsch qui le renverse en décembre 1969. Il est un des principaux opposants au régime de parti unique imposé par Mathieu Kérékou de 1974 à 1990. Le 16 janvier 1977, une tentative de coup d'État menée par un groupe de mercenaires dirigé par Bob Denard a lieu au Bénin. L'opération, dénommée « opération Crevette » et qui avait pour but de renverser le régime marxiste de Mathieu Kérékou, est un échec. Plusieurs accusations sont lancées contre Émile Derlin Zinsou par le pouvoir en place au Bénin. Bob Denard affirmera dans ses mémoire que ce putsch avait pour objectif de réinstaurer Zinsou à la tête du pays. Émile Derlin Zinsou à toujours nié toute participation à cette opération. Il n'a cependant émis aucun commentaires sur le livre de Bob Denard qui affirme qu'il était à bord de l'avion des mercenaires le 16 janvier 1977 attendant d'être proclamé président du Bénin en cas de succès de l'opération.

Dans le processus de démocratisation du pays, Zinsou est membre du Haut Conseil pour la République fondé le 9 mars 1990 avec les anciens présidentsAhomadegbé-Tomêtin, Congacou et Maga.

Il participe à la fondation de Union africaine le 12 juillet 2000 à Lomé. Il est également vice-président du Haut Conseil de la Francophonie.

M. Paul-Emile de SOUZA 12/12/1969 - 07/05/1970

Paul-Émile de Souza (1931 - 17 juin 1999) était une personnalité politique du Bénin. Il fut président de la République du Dahomey du 13 décembre 1969 au 7 mai 1970.

M. Hubert MAGA 07/05/1970 - 07/05/1972

Hubert Maga (né le 10 août 1916 à Parakou et mort le 8 mai 2000 à Cotonou) est un homme politique béninois, président de 1960 à 1963 et de 1970 à 1972 de la République du Dahomey (premier nom du Bénin indépendant).

Né le 10 août 1916 à Parakou, Hubert Maga a vraisemblablement fréquenté l’école coranique de la ville avant d’y faire ses études primaires qu’il poursuit à partir de 1926 à Bohicon, où il a pour enseignant Émile Bodé Zinsou, et à Abomey, où il obtient le Certificat d’étude primaire. Il intègre alors l’École primaire supérieure de Porto-Novo avant d’entrer à l'École normale William Ponty en 1933. Les quatre années d’école normale lui permettent de rencontrer à Porto-Novo, où a lieu la première année d’enseignement, le Nigérien Hamani Diori et, à Gorée au cours des trois années suivantes, le Soudanais Modibo Keïta avec lequel il se lie. Ces années sénégalaises sont aussi l’occasion d’une conversion au catholicisme, peut-être liée à sa rencontre avec sa future femme, une Dahoméenne issue d’une importante famille de « Brésiliens » de la côte. Major de la promotion dahoméenne à sa sortie de Ponty, Hubert Maga est le troisième instituteur dahoméen originaire du Nord. Il est d’abord nommé à Bembèrèkè (à une centaine de kilomètres au nord de Parakou), puis à l’école primaire de Natitingou qu’il dirige à partir de 1945.

 

Ce parcours scolaire et professionnel est remarquable, mais il ne suffit pas à Hubert Maga pour se faire remarquer sur la jeune scène politique dahoméenne. L’éloignement géographique, son jeune âge et des liens insuffisants, voir inexistants, avec les principaux animateurs des Comités électoraux – tant dans l’Église catholique que chez les « anciens » des sociétés de presses de l’entre-deux guerre – expliquent qu’il n’a sans doute pas été membre des Comités électoraux.

L'entrée dans la vie politique

 

Toutefois, lors des élections locales de 1946-1947, Hubert Maga se présente au deuxième collège sur la liste de l’UPD, non dans la circonscription de Parakou mais dans la sixième circonscription réunissant les cercles de Kandi et de Natitingou. Les documents font défauts quant à son adhésion à l’UPD et au mode d’élaboration des listes électorales, mais il est vraisemblable que l’UPD ait été confronté à une carence de candidats offrant un niveau scolaire minimum dans deux cercles où les infrastructures scolaires étaient insuffisantes. Cela explique l’élection de Hubert Maga à Natitingou et, plus étonnant encore, celle du porto-novien Michel Ahouanmenou sur la même liste. L’implantation réussie de Hubert Maga à Natitingou – et qui se vérifiera aux élections locales de 1952 et de 1957 – doit sans aucun doute à la reconnaissance de son action scolaire dans cette région, mais elle éclaire de fait une constante critique de ses origines filiales qui lui interdit tout espoir de candidature à Parakou, dont il est pourtant originaire.

 

En février 1947, il est élu secrétaire de la Commission budgétaire du premier Bureau du Conseil général, avant d’être élu au Grand conseil de l’AOF le 3 novembre 1947, en quatrième place sur la liste de l’UPD conduite par Sourou Migan Apithy. De nouveau, rien ne nous permet de déterminer le mode de constitution de cette liste. Mais seul représentant du Nord élu au Grand conseil, il est vraisemblable que certains membres de l’UPD (Apithy ?) aient pris conscience de l’utilité d’une fidélisation des électeurs originaires du nord du Territoire. De fait, Hubert Maga accède à des responsabilités politiques qui en font l’une des personnalités politiques clés, même s’il n’apparaît pas alors comme l’un des animateurs de la scène politique dahoméenne ; il est ainsi pratiquement absent des débats sur les relations entre l’UPD et le RDA. Cette absence d’engagement lui est d’ailleurs alors reprochée comme en témoigne un rapport du gouverneur Jacques Boissier :

 

« À Natitingou, Maga Coutoucou, grand conseiller et conseiller général, de l’Union Progressiste Dahoméenne, semble reprendre avantage sur la section du Bloc Populaire Africain (BPA) de la région. Mais il ne paraît pas renoncer pour cela à son idée de constituer à l’instar de ce qui est fait en Guinée, un parti régional « Indépendant du Nord » ne serait-ce que pour ne plus se voir reprocher son obédience passive à l’UPD et pour mieux défendre les intérêts des populations du Nord qu’il représente. Ces intentions expliquent pourquoi, au Conseil Général, le président Apithy a tant insisté pour qu’on ne néglige pas le Nord, notamment en ce qui concerne les crédits et le programme de travaux. »

 

La possibilité de voir apparaître un parti politique spécifique au Nord apparaît ici pour la première fois dans un document produit par l’Administration. Car malgré ses deux mandats, Hubert Maga ne semble pas peser de manière prépondérante au sein de l’UPD. Ainsi, le rapport mensuel de novembre 1948, qui établit un récapitulatif des forces politiques en présence au Dahomey, ne le cite pas parmi les quinze principaux leaders du doyen des partis dahoméens. Et les assurances de Sourou Migan Apithy et du président de l’UPD Augustin Azango que le Nord ne sera pas oublié, ne convainquent pas Hubert Maga qui, rejoint par le conseiller Tahirou Congacou (directeur de l’École régional de Djougou) et Mama Chabi (petit-fils de la chéfesse des Peuls de Parakou), envisage de plus en plus la création d’un parti spécifiquement nordiste.

Un parti pan-nordiste : le Groupement ethnique du Nord

 

Il faut cependant attendre les élections législatives du 17 juin 1951 pour que la rupture soit effective. L’obtention d’un second siège au Palais-Bourbon pour la circonscription du Dahomey est alors considérée, par Hubert Maga et ses partisans, comme l’occasion donnée à l’UPD de démontrer son attachement aux intérêts du Nord par la désignation de Maga sur la liste du parti. Le refus des instances dirigeantes de l’UPD, qui choisissent Émile Zinsou et Sourou Migan Apithy, provoque le départ de Hubert Maga et de nombreux militants originaires du Nord. Cette scission apparaît comme inéluctable pour Hubert Maga qui, dans le cas contraire aurait pris le risque de voir fortement contesté son autorité sur les autres élus du Nord. Mais le pari considérant qu’un scrutin législatif se joue d’avantage sur la personnalité des candidats que sur le parrainage d’un parti politique est des plus risqué. Et même si dans les mois qui suivent, le départ de Sourou Migan Apithy de l’UPD résulte d’une analyse similaire, le député du Dahomey a pour lui une popularité sans nulle égale parmi le personnel politique dahoméen.

 

La réussite de la liste conduite par Hubert Maga, avec pour colistier le médecin africain René Deroux, n’a pu être possible que par le recueil d’une très large majorité des voix dans le Nord et par de fortes divisions politiques dans le Sud. En effet, au vu de la chance que constituait cette élection, l’union de l’ensemble du personnel politique du Nord s’est réalisée sans difficulté autour d’Hubert Maga et au sein d’une nouvelle formation au nom des plus évocateur : le Groupement ethnique du Nord (GEN). Mais, la liste Maga/Deroux a aussi bénéficié de la multiplication de listes électorales aux réserves potentielles de voix identiques. Ainsi, la liste du GEN arrive en deuxième position après la liste Apithy/Dunglas, mais devance très largement les listes Zinsou/Kakpo (UPD), Quenum/Kounde (GID), Poisson/Akplogan (BPA) et d’Assomption/Stifkens. En devenant député de la circonscription du Dahomey aux côtés de Sourou Migan Apity – qui lui conseille de s’inscrire au groupe des IOM au Palais-Bourbon. Hubert Maga accède à la plus prestigieuse fonction élective auquel peut prétendre un Dahoméen et devient l’une des personnalités incontournables de la scène politique dahoméenne.

 

Cela se traduit par une solide implantation du GEN dans le Nord qui se vérifie lors des élections locales du 30 mars 1952. En remportant neuf sièges, la formation nordiste devient le deuxième force politique de l’Assemblée territoriale et une alliance passée avec le PRD permet à Hubert Maga d’obtenir l’un des sièges de vice-présidents. Le 30 avril, les deux députés du Dahomey retrouvent aussi leurs sièges de Grands conseillers, mais le non-respect des consignes de votes, tant au sein du GEN que du PRD, entraîne l’élection au Grand conseil d’un conseiller BPA (Ahomadegbe) et de deux conseillers européens sans étiquettes (Chaux et Bertho). Ce cafouillage tient peut-être aussi aux consignes de neutralité données par Hubert Maga qui entend ne pas limiter au seul Nord l’influence de son parti et donc de ne favoriser aucune autre formation, y compris le PRD.

 

Dans cette optique, la première décision qui est prise lors du premier congrès du GEN des 10, 11 et 12 janvier 1953 est la modification de sa dénomination pour celle plus large de Mouvement démocratique dahoméen (MDD). L’affirmation d’une telle ambition aux objectifs improbables, n’a que peu de répercussion, y compris au sein du PRD, principale formation visée. D’autant que sous une apparente unité de façade, certains contentieux apparaissent au sein du MDD comme le choix de la ville devant accueillir le siège, Djougou ayant été préféré à Parakou, la ville la plus importante du Nord, mais aussi la plus prompte à remettre en cause l’autorité de Hubert Maga. Quoi qu’il en soit, l’alliance entre le PRD et le MDD fait de nouveau la preuve de son efficacité lors des élections pour l’Assemblée de l’Union française de novembre 1953 qui consacrent la victoire de leurs deux candidats. En effet, désireux de barrer la route à une liste menée par Émile Derlin Zinsou, Sourou Migan Apithy avait proposé au MDD de présenter une liste commune réunissant un candidat du Sud désigné par le PRD – en l’occurrence Paul Hazoumé – et un candidat du Nord désigné par le MDD – René Deroux après le refus de Tahirou Congacou d’une alliance contre Emile Derlin Zinsou.

 

Malgré le succès de la liste Hazoumé/Deroux, les relations entre Sourou Migan Apithy et Hubert Maga se détériorent rapidement ; ce dernier désirant s’affranchir d’un parrainage qu’il trouve encombrant, notamment au Palais-Bourbon, et qui est critiqué dans les rangs du MDD. Les limites de l’alliance tacite entre le PRD et le MDD sont atteintes lors des élections du 19 juin 1955 au Conseil de la République. Contraint par ses engagements d’apporter son soutien à Maximilien Quenum, candidat du PRD à la deuxième section des non-citoyens, le MDD est dans l’incapacité de présenter un candidat à la première section faute d’y avoir un élu. Prisonnier de son implantation territoriale, le MDD l’est aussi de son absence à la section des citoyens et perd ainsi l’occasion de remporter un siège au Palais du Luxembourg. D’autant que le choix de Maximilien Quenum provoque le mécontentement d’une partie des élus du MDD qui auraient préféré, dans une certaine mesure, Fassassi Adamon dont l’importance dans la communauté musulmane dahoméenne a déjà été mentionnée. Hubert Maga a d’ailleurs lors du scrutin, le plus grand mal à faire respecter les consignes de vote du MDD. Contesté pour son impuissance lors d’un scrutin dont il aurait pu être l’arbitre, la légitimité de Maga au sein du MDD est mise en doute ; ses détracteurs rappelant ses « origines paternelles étrangères » .

 

Toutefois, Hubert Maga reste incontournable au sein d’un mouvement dans lequel il bénéficie d’une certaine aura due notamment à son mandat de député. C’est donc en toute logique qu’il se représente lors des élections législatives de janvier 1956. Mais soucieux de marquer la rupture entre le MDD et le PRD, il choisit comme colistier Faustin Gbaguidi, membre de l’ancienne famille régnante de Savalou, synonyme d’une volonté d’implantation du MDD dans la partie centrale du Dahomey jusqu’alors « chasse gardée » des partis politiques originaires du Sud. Conscient que l’existence d’un MDD trop puissant en ferait l’arbitre de la scène politique dahoméenne, il semble que Sourou Migan Apithy ait favorisé la création de deux listes concurrentes à celle du MDD de façon à faire chuter Maga ; la première comprenant Antoine Toko et Djibril Maurat (liste des Indépendants des partis politiques) et la deuxième regroupant Paul Darboux et Mama Soumanou (liste de Défense des intérêts économiques). Cette clairvoyance de Sourou Migan Apithy tient aussi sans doute au fait qu’il ne devait pas ignorer que dans un même temps, Hubert Maga et Émile Derlin Zinsou multipliaient leurs rencontres afin de favoriser un rapprochement entre l’UDD et le MDD.

Une personnalité devenue incontournable

 

L’échec de la manœuvre d’Apithy et la relative facilité avec laquelle le dirigeant du MDD retrouve son siège au Palais-Bourbon paraissent laisser le champ libre à Hubert Maga qui, grâce aux voix de l’UDD, est élu à la présidence de l’Assemblée territoriale lors du renouvellement du Bureau le 17 avril 1956. Émile Derlin Zinsou, qui dans un premier temps convoite la présidence de l’Assemblée, cède d’autant plus facilement que l’UDD s’enfonce dans une crise interne sur la question de l’affiliation au RDA et qu’il tient à « ne pas donner lieu à des interprétations malveillantes de son geste vis-à-vis de l’UDD »

 

Mais les élections locales du 31 mars 1957 et la très large victoire du PRD, qui obtient seul la majorité des sièges, vident de sa substance l’alliance entre le MDD et l’UDD, d’autant que les résultats de ce dernier sont catastrophiques. Le bilan du MDD apparaît lui aussi comme très mitigé dans la mesure où le renforcement de sa présence au sein de la nouvelle assemblée résulte en grande partie des succès remportés par deux listes dissidentes du MDD : celle de Jeunesse et Progrès, qui obtient les deux sièges de la circonscription de Parakou, et celle des Indépendants des partis politiques qui remportent les quatre sièges de la circonscription de Djougou. La stratégie d’alliance avec l’UDD est un échec, ne permettant pas au MDD de jouer un rôle d’arbitre sur la scène politique dahoméenne et contraint Hubert Maga à entreprendre l’union d’une scène politique nordiste en voie d’éclatement.

 

La prise de conscience de certains (jeunes) élus du Nord d’avoir la capacité de peser sur la scène politique dahoméenne leur apparaît comme la preuve de leur intégration dans celle-ci. Et l’idée, selon laquelle le Nord ne pouvait s’épanouir politiquement qu’en opposition au Sud et qu’il devait donc maintenir à tout pris son unité pour ce faire, se révèle caduque. La quasi-absence d’un ciment idéologique au sein du GEN, puis du MDD, entraîne en toute logique une forte contestation dans leurs rangs et au sein de mouvements nordistes concurrents. Mais il est vraisemblable que malgré leurs succès, les deux listes dissidentes ne peuvent pas prétendre à une influence identique à celle de Hubert Maga qui reste une personnalité majeure. Des pourparlers ont lieu entre les différentes parties et le 13 avril, Maga obtient leurs ralliements au MDD contre l’engagement de réformes de principes. C’est donc tout en toute logique que Hubert Maga, chef naturel du Nord, obtient un siège de vice-président lors de l’élection du Bureau de la nouvelle assemblée le 14 mai. Cependant, fort de son succès, le PRD affirme sa domination en imposant ses élus à toutes les autres fonctions de direction, au premier rang desquelles la présidence qui revient à Sourou Migan Apithy. Davantage contrarié par l’opposition de l’UDD que par celle du MDD, celui-ci tient à ce que Justin Ahomadegbé ne soit pas reconduit dans ses fonctions au Grand conseil de l’AOF. Le MDD se voit alors proposer un remaniement du Bureau à son profit en échange de la défaite du leader de l’UDD. Le 15 mai, les consignes de votes sont scrupuleusement respectées et Justin Ahomadegbe perd son siège. Ces élections sont aussi l’occasion de sceller la réconciliation du MDD et de Jeunesse et Progrès par l’élection de Boni Salifou Pedro et de Mama Arouna sur une liste commune au symbolique nom d’« Entente Nord-Dahomey » .

 

Toutefois, l’hégémonie du PRD fait peur et les élus du Nord sont conscients que de leur unité dépend leur capacité à peser sur la politique dahoméenne. Un congrès est donc organisé, à Parakou au milieu du mois d’août 1957, afin de fonder un nouveau mouvement qui prend le nom de Rassemblement démocratique dahoméen (RDD) et, qui réunit le MDD, Défense des intérêts économique et Jeunesse et Progrès. Soucieux de ménager l’avenir et le seul mouvement en l’état de s’opposer au PRD dans le Sud, Justin Ahomadegbe est invité à ce congrès et il y prend la parole. En effet, l’élection du PRD Francis Covi à la présidence de l’Assemblée territoriale, en remplacement de Sourou Migan Apithy qui a démissionné afin de diriger le Conseil de gouvernement, consterne les élus nordistes estimant que, dans le cadre de l’alliance MDD/PRD, la fonction devait revenir au premier vice-président Hubert Maga.

 

Cet échec est vite relégué au second plan quand, le 18 novembre 1957, Hubert Maga devient Sous-secrétaire d’État auprès du Ministre du Travail et de la Sécurité sociale Paul Bacon dans le Cabinet de Félix Gaillard, scellant ainsi la participation des IOM à une majorité fragile. Soucieux de tirer les bénéfices politiques de sa nomination ministérielle, Hubert Maga entreprend une tournée au Dahomey au début du mois de décembre 1957. Mais prémices de nouvelles difficultés au sein de son mouvement, une partie des membres du RDD de Parakou, menée par Mama Arouna, refuse de l’accueillir lors de sa venue dans la ville. Toutefois, seul Dahoméen à avoir eu une responsabilité ministérielle au sein d’un gouvernement français, Hubert Maga s’impose comme le pendant naturel de Sourou Migan Apithy. Car, malgré une carrière élective moins importante que ce dernier et une influence plus réduite dans le cénacle politique franco-africain, Hubert Maga est parvenu à imposer son autorité sur trois niveaux : au niveau local, il apparaît comme le seul capable de constituer l’unité du Nord ; au niveau territorial, il comprend que le seul moyen d’accéder au pouvoir exécutif, dans le cadre d’un Dahomey autonome voire indépendant – est de devenir l’arbitre de la vie politique dahoméenne et enfin, au niveau national, Hubert Maga a imposé l’idée qu’il était l’un des dirigeants potentiels du Dahomey, à l’instar de Sourou Migan Apithy. Et contrairement à ce dernier, qui a été desservi par ses changements successifs de groupes parlementaires au Palais-Bourbon, il accède à un poste ministériel aux responsabilités symboliques, mais dont il tire un prestige qui s’avère décisif dans ces quelques années précédant l’Indépendance. Ainsi, l’absence de formation majoritaire, à la suite des élections à la première Assemblée nationale dahoméenne (2 et 23 avril 1959), entraîne la démission de Sourou Migan Apithy, de sa fonction de président du Conseil de gouvernement, et son remplacement par Hubert Maga. Celui-ci bénéficie du soutien déterminant de l’UDD-RDA, qui se retrouve contraint de favoriser le RDD par opposition au PRD, et tire une nouvelle fois les bénéfices de sa stratégie d’arbitre de la scène politique dahoméenne. D’autant qu’en vue des élections présidentielles, le PRD et le Parti progressiste dahoméen (PPD, fondé en mars 1958 par Émile Derlin Zinsou) fusionnent afin de donner naissance au Parti des nationalistes du Dahomey (PND). L’UDD-RDA s’allie donc avec le RDD afin de faire élire, le 26 juillet 1960, Hubert Maga à la présidence de la République du Dahomey dont l’Indépendance est proclamée le 1er août.

M . Justin T. AHOMADEGBE 08/05/1972 - 26/10/1972

Justin Tometin Ahomadegbe (16 janvier 1917 à Abomey – 8 mars 2002 à Cotonou) était une personnalité politique béninoise. Il fut Premier ministre de la République du Dahomey du 25 janvier 1964 au 29 novembre 1965, puis exerça brièvement les fonctions de chef de l'État (président du Conseil présidentiel) du 8 mai au 26 octobre 1972, avant d'être renversé par le coup d'État du général Mathieu Kérékou.

Gal. Mathieu KEREKOU 26/10/1972 - 04/04/1991

Mathieu Kérékou (né le 2 septembre 1933 à Kouarfa non loin de Natitingou), est un homme politique béninois. Il a été le président de la République du Dahomey, puis de la République populaire du Bénin du 26 octobre 1972 au 1er mars 1990 puis celui de la République du Bénin du 4 avril 1996 au 5 avril 2006.

Après avoir étudié dans des écoles militaires au Mali et au Sénégal, Mathieu Kérékou servit d'abord dans l'armée française puis dans l'armée du Dahomey où il obtint le grade de major. Il prit le pouvoir lors d'un coup d'État le 26 octobre 1972. Il fit mettre en prison les trois précédents présidents. En 1975, ll renomma alors le pays République populaire du Bénin et mit en place un gouvernement marxiste-léniniste surveillé par le Conseil national de la révolution (CNR). Il mena une politique de répression contre tous les opposants au régime et surtout contre les intellectuels dont beaucoup durent se réfugier à l'étranger. Il entreprit une vague de nationalisations de banques et de l'industrie pétrolière.

L'homme politique

 

Mathieu Kérékou est une première fois le chef de l'État béninois du 26 octobre 1972 au 4 avril 1991. Le 26 octobre 1972, il prend le pouvoir à la faveur d'un coup d'État, lorsque l'armée dissout le Conseil présidentiel ainsi que l'Assemblée nationale. En 1974, il adopte le marxisme-léninisme comme idéologie officielle de gouvernement, et crée le Parti de la révolution populaire du Bénin, destiné à gouverner en tant que parti unique. Un an plus tard, le pays abandonne le nom officiel de République du Dahomey pour adopter celui de République populaire du Bénin. Dans les années 1980, la situation économique du Bénin devient critique, et le pays doit négocier des accords contraignants, notamment avec le FMI.Dans le contexte de la mutation démocratique de l'Europe de l'Est, Mathieu Kérékou comprend peu à peu ,avec l'aide de la France, que le temps est venu de procéder à une évolution politique de son pays.Fin 1989 ,il accepte de convoquer une "Conférence Nationale" destinée à établir de nouvelles institutions.Il doit pour cela se libérer des contraintes que font peser sur lui les cadres de son parti et il y réussit avec une remarquable adresse. Kérékou est ainsi le premier président du continent à ouvrir la voie au multipartisme sous la pression des événements qu'il a l'art non seulement de prendre en compte mais aussi d'utiliser à son profit et à celui de son pays et ce, après avoir dirigé le pays pendant 18 ans de manière autoritaire. En janvier 1990, la Conférence Nationale décide de changements drastiques( période de transition d'un an puis élections libres, nomination d'un Premier Ministre etc...). Mathieu Kérékou , le jour de la clôture de la Conférence en accepte toutes les conclusions.Il laisse un pays en mauvais état économique mais il vient de démontrer qu'il avait su engager avec habileté un processus démocratique ,le premier en Afrique.Et quelques mois plus tard, lors de son discours de La Baule, François Mitterrand prendra l'exemple du Bénin pour encourager le Continent africain à entamer les évolutions politiques souhaitables.

Il est battu lors de l'élection présidentielle de 1991 par Nicéphore Soglo. Durant sa traversée du désert politique, il renonce à l'athéisme et devient pasteur évangélique1. Puis, il revient au pouvoir suite à des élections démocratiques le 4 avril 1996; il est réélu en mars 2001. Il n'a pas pu se représenter à la fin de son mandat en 2006.

Durant ses deux mandats de 1996 à 2006, le président Kérékou a respecté de manière stricte la séparation des pouvoirs. Ainsi, la liberté de presse sous le général Kérékou a permis au Bénin de se hisser au deuxième rang au niveau africain, et parmi les meilleurs sur le plan mondial2.

Contrairement à d'autres chefs d'État africains, sous la pression des médias, des intellectuels et de l'opinion publique, Kérékou n'a pas pu modifier la Constitution qui limite l'âge auquel il est possible d'accéder à la présidence ainsi que de briguer plus de deux mandats. Nicéphore Soglo subit la même contrainte d'âge.

Peu avant le scrutin et après les résultats du premier tour, Kérékou a laissé planer un doute sur sa régularité, non confirmé par les observateurs internationaux, ce qui pourrait laisser suggérer quelques réticences de Kérékou à abandonner le pouvoir. Néanmoins, les élections de mars 2006 se déroulent normalement, et l'élection de Yayi Boni met fin à trente années de pouvoir de Mathieu Kérékou.

M. Nicephore D. SOGLO M. Nicephore D. SOGLO 04/04/1991 - 09/04/1996

Nicéphore Dieudonné Soglo est un homme politique béninois, né le 29 novembre 1934 à Lomé (Togo). Il fut le président de la République du 4 avril 1991 au 4 avril 1996.

Après des études en sciences économiques à l’Université de Paris et à l'ENA, Nicéphore Soglo rentre au Dahomey (actuel Bénin). En février 1990, le président Mathieu Kérékou pour faire face à un mouvement populaire, suspend la Constitution de la République populaire du Bénin et met en place une Conférence nationale à Cotonou. Le 12 mars 1990, il est nommé Premier ministre par le Haut Conseil pour la République (HCR).

Le 24 mars 1991, il est élu président de la République lors de la première élection multipartite depuis 1972. Il l’emporte face au président sortant Mathieu Kérékou avec 67,73 % des voix. En 1992, sa femme Rosine Soglo fonde le parti Renaissance du Bénin et en prend la présidence.

Il s'est marié à Rosine Vieyra le 3 juillet 1958 avec qui il a eu deux fils : Léhady (né le 18 décembre 1960) et Ganiou Soglo (né le 4 novembre 1961).

Lors de l’élection présidentielle des 3 et 18 mars 1996, il est battu par Mathieu Kérékou.

En décembre 2002, il est élu maire de la ville de Cotonou (capitale économique du pays) et réélu en 2008.

 

 

  

 

 

Gal. Mathieu KEREKOU 09/04/1996 - 08/04/ 2006

Mathieu Kérékou (né le 2 septembre 1933 à Kouarfa non loin de Natitingou), est un homme politique béninois. Il a été le président de la République du Dahomey, puis de la République populaire du Bénin du 26 octobre 1972 au 1er mars 1990 puis celui de la République du Bénin du 4 avril 1996 au 5 avril 2006.

La vie militaire

 

Après avoir étudié dans des écoles militaires au Mali et au Sénégal, Mathieu Kérékou servit d'abord dans l'armée française puis dans l'armée du Dahomey où il obtint le grade de major. Il prit le pouvoir lors d'un coup d'État le 26 octobre 1972. Il fit mettre en prison les trois précédents présidents. En 1975, ll renomma alors le pays République populaire du Bénin et mit en place un gouvernement marxiste-léniniste surveillé par le Conseil national de la révolution (CNR). Il mena une politique de répression contre tous les opposants au régime et surtout contre les intellectuels dont beaucoup durent se réfugier à l'étranger. Il entreprit une vague de nationalisations de banques et de l'industrie pétrolière.

L'homme politique

 

Mathieu Kérékou est une première fois le chef de l'État béninois du 26 octobre 1972 au 4 avril 1991. Le 26 octobre 1972, il prend le pouvoir à la faveur d'un coup d'État, lorsque l'armée dissout le Conseil présidentiel ainsi que l'Assemblée nationale. En 1974, il adopte le marxisme-léninisme comme idéologie officielle de gouvernement, et crée le Parti de la révolution populaire du Bénin, destiné à gouverner en tant que parti unique. Un an plus tard, le pays abandonne le nom officiel de République du Dahomey pour adopter celui de République populaire du Bénin. Dans les années 1980, la situation économique du Bénin devient critique, et le pays doit négocier des accords contraignants, notamment avec le FMI.Dans le contexte de la mutation démocratique de l'Europe de l'Est, Mathieu Kérékou comprend peu à peu ,avec l'aide de la France, que le temps est venu de procéder à une évolution politique de son pays.Fin 1989 ,il accepte de convoquer une "Conférence Nationale" destinée à établir de nouvelles institutions.Il doit pour cela se libérer des contraintes que font peser sur lui les cadres de son parti et il y réussit avec une remarquable adresse. Kérékou est ainsi le premier président du continent à ouvrir la voie au multipartisme sous la pression des événements qu'il a l'art non seulement de prendre en compte mais aussi d'utiliser à son profit et à celui de son pays et ce, après avoir dirigé le pays pendant 18 ans de manière autoritaire. En janvier 1990, la Conférence Nationale décide de changements drastiques( période de transition d'un an puis élections libres, nomination d'un Premier Ministre etc...). Mathieu Kérékou , le jour de la clôture de la Conférence en accepte toutes les conclusions.Il laisse un pays en mauvais état économique mais il vient de démontrer qu'il avait su engager avec habileté un processus démocratique ,le premier en Afrique.Et quelques mois plus tard, lors de son discours de La Baule, François Mitterrand prendra l'exemple du Bénin pour encourager le Continent africain à entamer les évolutions politiques souhaitables.

Il est battu lors de l'élection présidentielle de 1991 par Nicéphore Soglo. Durant sa traversée du désert politique, il renonce à l'athéisme et devient pasteur évangélique1. Puis, il revient au pouvoir suite à des élections démocratiques le 4 avril 1996; il est réélu en mars 2001. Il n'a pas pu se représenter à la fin de son mandat en 2006.

Durant ses deux mandats de 1996 à 2006, le président Kérékou a respecté de manière stricte la séparation des pouvoirs. Ainsi, la liberté de presse sous le général Kérékou a permis au Bénin de se hisser au deuxième rang au niveau africain, et parmi les meilleurs sur le plan mondial2.

Contrairement à d'autres chefs d'État africains, sous la pression des médias, des intellectuels et de l'opinion publique, Kérékou n'a pas pu modifier la Constitution qui limite l'âge auquel il est possible d'accéder à la présidence ainsi que de briguer plus de deux mandats. Nicéphore Soglo subit la même contrainte d'âge.

Peu avant le scrutin et après les résultats du premier tour, Kérékou a laissé planer un doute sur sa régularité, non confirmé par les observateurs internationaux, ce qui pourrait laisser suggérer quelques réticences de Kérékou à abandonner le pouvoir. Néanmoins, les élections de mars 2006 se déroulent normalement, et l'élection de Yayi Boni met fin à trente années de pouvoir de Mathieu Kérékou.

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